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L’importance des Bana-Banas sur les transferts d’argent

18/02/2009

Par Alexander Knetig

La boutique d'Abdoulaye au marché de Louga.jpgTRANSFERT D’ARGENT 2/5. Suite de notre mini-série sur les transferts d’argent, Albert Carera utilise pour toucher l’argent que lui envoie sa famille les services de Bana-Banas. Une pratique répandue sur le continent

Dans la langue locale, le wolof, « Bana-bana » signifie « pour moi, pour moi » et désigne les commerçants qui font en permanence l’aller-retour entre le Sénégal et l’Europe. Ces Bana-Banas sont surtout actifs dans les régions fortement marquées par les migrations, comme c’est le cas de Louga et de ses environs. Aujourd’hui, l’intégralité du paysage urbain de Louga est marquée par ces « entrepreneurs des temps modernes » : les rues du centre-ville sont bordées de maisons blanches aux jardins fleuris, construites avec l’argent que les migrants ont gagné en France, en Italie ou en Espagne et qui est « revenu au pays » grâce aux Bana-Banas.


« Nous voyageons parfois pendant des mois, quelques fois nous ne rentrons pas pendant des années », raconte Abdoulaye, un commerçant qui possède une petite boutique au marché central de Louga. Il vend des produits de toute l’Europe et partage son temps entre Rome et Lyon, où il loue un appartement avec deux amis. Dans sa boutique, on trouve du fromage français, de la lessive espagnole et des fausses lunettes Gucci made in Italy. Abdoulaye lui-même porte une paire de ces lunettes, ainsi qu’un t-shirt couleur mauve assez chic. Il se gratte la tête en permanence, pour enlever la sueur de son front. « Je passe tellement de temps en Europe que j’oublie parfois ce qu’il fait chaud au pays », lance-t-il avec un large sourire.

La maison d'un Bana Bana à Louga.jpg« De temps à autre, pendant nos voyages, on prend avec nous un peu d’argent pour le ramener à nos amis ici », explique-t-il de façon hésitante. Et pour cause, la majorité de cette activité est informelle et, de fait, illégale. « Mais ça nous arrive de le faire aussi pour aider nos frères, pour qu’ils reçoivent l’argent que leur famille gagne en Europe. » Bien sûr, cette aide n’est pas gratuite. Mais les tarifs pratiqués par les Bana-Banas sont en général bien inférieurs à ceux des grandes agences occidentales. Et autre avantage du système : le Bana-Bana est une personne de confiance, une bonne connaissance à laquelle on peut se fier. Un argument de taille lorsque les migrants résidents en Europe confient de grosses sommes à ces intermédiaires. Par ailleurs, la procédure est bien plus simple que celle de Western Union, où la personne qui envoie l’argent doit déposer la somme liquide à l’agence, remplit un formulaire en donnant des informations sur elle et la personne qui recevra l’argent.

Albert Carera, lui, est convaincu par le système des Banas-Banas puisqu’il a besoin de chaque centime pour faire fonctionner sa ferme. En effet, ses propres ressources sont bien limitées. Au cours des quinze dernières années, il n’a touché qu’une petite retraite de fonctionnaire, après que l’État sénégalais ne l’ait envoyé en préretraite à l’âge de 44 ans. Tout cela est arrivé en 1994, lorsqu’une dévaluation du Franc CFA a provoqué une crise politique et économique dans toute la région. La conséquence fut des licenciements massifs dans le secteur public. Depuis, un grand nombre de personnes âgées n’a plus jamais retrouvé du travail. Beaucoup dépendant aujourd’hui de leurs enfants, qui vivent et travaillent souvent à l’étranger.

Comme beaucoup d’autres, M. Carera tenta d’agir au mieux lorsqu’il perdit son travail. Il avait travaillé pendant vingt-cinq ans au ministère de l’Agriculture, où il s’était familiarisé avec de nombreuses techniques de culture moderne. Avec ses dernières économies, il acheta un petit lotissement de trois hectares et entama la construction d’une petite cabane en banco.

« C’était dur de recommencer de zéro, mais maintenant, j’ai mes canards, mes quatre chèvres », affirme-t-il fièrement. « Et j’ai des projets pour le futur. » Il dépense en effet la majorité de l’argent que ses enfants lui envoient pour de nouveaux matériaux afin de réaliser son grand rêve : installer un système d’irrigation sur toute la propriété. « Ce petit bout de terre pourrait vraiment être un paradis », dit-il. « Donnez-moi juste trois ans, peut-être quatre. » Il sourit, confient, et continue à contempler ces terres qui sont devenues son quotidien.

Prochainement : Les banques classiques, ça existe encore au Sénégal (3/5)

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