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«La création d’entreprise ne semble pas une priorité du Plan Banlieue»

10/11/2008

Propos recueillis par Élisa Mignot

270_6.jpgThierry Clément, directeur de l’action territoriale de l’APCE (Agence pour la création d’entreprises*) dresse l’état des lieux d’une expérience menée sous le gouvernement Villepin dans trois banlieues françaises : les « Maisons de la création ». Un bilan positif qui ne s’est pourtant pas étendu à d’autres communes


Qu’est-ce que l’opération « Maisons de la création » ?

À la demande de Renaud Dutreil, ministre des Petites et Moyennes Entreprises dans le gouvernement Villepin, nous avons lancé il y a quelques années une opération [2006] pour favoriser la création d’entreprises dans trois banlieues françaises : à Argenteuil, Corbeil-Essonne et La Duchère, près de Lyon. C’était à titre expérimental mais, riches de cette expérience, nous savons maintenant comment il faut agir. Nous avons installé des Maisons de la création, gérées par un animateur, qui ont eu pour objectif d’aider les gens à travailler la créativité de leur projet. Je m’explique : souvent les jeunes ont des idées à partir de ce qu’ils connaissent – kebab, boutiques de téléphonie... – mais il faut les faire travailler sur eux-mêmes afin qu’ils créent vraiment, afin que sortent une idée nouvelle. C’est la base de toute création prometteuse.

Quelles ont été les conclusions de cette expérience ?

Pour que ces maisons fonctionnent, il y a plusieurs recettes. Il faut absolument que l’animateur de ce lieu soit du quartier (ou le connaisse très bien), tout en ayant des compétences économiques. Cet animateur est une personne-clé, l’une des choses les plus difficiles est peut-être de le trouver. Il faut aussi que cette association soit visible partout dans la commune : affichage, pénétration de tous les réseaux (associatifs, professionnels etc.)… la communication est primordiale. Par ailleurs, la Maison doit également être en relation étroite avec des professionnels et des structures qui peuvent financer des projets. Et puis évidemment il faut une volonté très forte de la mairie. Corbeil est pour cela assez emblématique : Serge Dassault, qui en est le maire, nous a beaucoup soutenus.

Pourquoi cette opération n’a-t-elle pas été étendue à d’autres banlieues ?

Ces derniers temps nous avons travaillé un peu avec les cabinets de Fadela Amara et Christine Boutin. Une réflexion est en cours... mais rien n’est prévu pour l’instant. Disons que la création d’entreprise en banlieue n’a pas l’air d’être aujourd’hui une priorité, même dans le Plan Banlieues. Il y a sans doute des problèmes plus graves à résoudre, tels que ceux de l’emploi, de l’insertion... La création d’entreprise est un plus. Pour la développer, il faut une vraie volonté gouvernementale mais surtout de l’argent. La volonté gouvernementale, elle est là, depuis le gouvernement Villepin et aujourd’hui ça continue. Il y a, depuis quelques années, en France, 30 à 40% de création en plus ! Le problème reste le financement. Il faut mettre en place plus d’outils de financement, plus d’ouverture de crédits. Par exemple, multiplier les ADIE ou les plates-formes d’initiatives. Parce que quoiqu’on en dise, c’est toujours plus facile de créer une entreprise dans le XVIe arrondissement qu’en banlieue !

Et vous, pensez-vous que l’aide à la création d’entreprise en banlieue soit une urgence ?

Il faut que l’économie rentre en banlieue ! Je pense qu’il faut créer des lieux de proximité avec des ressources techniques très importantes, avec des animateurs très compétents. En banlieue, il en faudrait au moins 1 pour 10 000 habitants. Je l’ai constaté : les animateurs des Maisons de la création qu’on a fondées sont de véritables médiateurs, des médiateurs économiques ! Il faut garder à l’esprit que la création d’entreprise est un des seuls moyens de lutter contre le chômage et elle constitue une façon efficace de s’insérer dans la vie économique et dans la vie en général. C’est le cas pour tout le monde – chômeurs, jeunes, femmes, vieux – et partout, en banlieue ou ailleurs.

* L’APCE (www.apce.com) est sous la tutelle du secrétariat d’État aux entreprises, qui lui-même dépend du Ministère de l’Économie. Le rôle de cette agence gouvernementale est d’informer et de sensibiliser la population à la création d’entreprise sur tout le territoire.

Commentaires

Les outils pour faciliter la création d'entreprise sont assez suffisants aujourd'hui, le véritable problème tout le monde sait, c'est le financement des créations d'entreprise par les porteurs de projets.
Sur 100 porteurs de projets, il y a environ une dizaine qui ont la capacité de financer leurs projets et certainement 10 autres qui auront accés aux emprunts bancaires. Le reste renonce souvent à leurs projets.
Donc on doit d'une part développer et même rendre obligatoire le SAP ( service d'amorçage des projets) pour bien valider le passage de l'idée au projet et ensuite évaluer sa faisabilité par l'EPCE (l'évaluation préalable à la création d'entreprise).
Si les créateurs utilisent ces outils à fond et les plans d'action qui en découlent, ils auront des débuts d'activité moins chaotiques.
Et enfin aprés un pareil suivi, financer sérieusement les porteurs de projets et arrêter de saupoudrer des micro crédits partout.
Certains ont besoin de véritables financements, car ils ont de trés bonnes opportunités.
Développer les financements à la création d'entreprise.

P.S. La création d'entreprise est difficile partout aussi bien à New-York, à Paris ou à Dakar ou même à Bondy.

Amzo

Écrit par : amadou diallo | 10/11/2008

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