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« Les entrepreneurs échouent parce qu’ils partent seuls »

30/10/2008

Propos recueillis par Stéphanie Varet

 

2236010643_b8e9871053_m.jpgQuittant la voie bien tracée de son école de commerce, Sophie D. décide de se spécialiser dans le développement économique des villes. Après avoir fait ses premières armes dans une mairie de banlieue, elle aide à l’insertion et la création d’entreprises à l’ANPE

 

Peux-tu me retracer ton parcours ?

 

Jusqu’à 18 ans, j’ai habité Amiens. Je suis venue à Paris faire les deux années de prépa Sup de Co’... J’étais mal à l’aise avec les « fils à papa ». J’ai fait un stage en entreprise à la SEITA où je faisais du contrôle de gestion et de la gestion de trésorerie. C’est là que je me suis rendue compte que j’étais pas faite pour le monde de l’entreprise où la logique du fric prédomine. Je ne suis pas carriériste.


Tu optes donc pour une autre voie

 

J’étais aussi fascinée par les banlieues difficiles. J’aime beaucoup l’architecture et l’urbanisme, c’est mon « côté social ». J’ai voulu faire un grand écart entre ma formation et l’économie et l’architecture : j’ai réalisé mon mémoire sur les restructurations économiques et commerciales de la Cité des Indes à Sartrouville. J’avais été voir l’OPHLM, l’ANPE, la mairie, la RATP, les habitants avec des enquêtes de terrain. Puis j’ai intégré le DESS « Urbanisme et Aménagement local » de Sciences Po où j’ai approfondi le développement économique des villes. C’était l’époque de la naissance des chantiers d’insertion.

 

J’ai intégré alors une mairie en CDD. J’avais la casquette  « immobilier d’entreprise », à savoir, aider à trouver un terrain, à monter un projet, un permis de construire en fonction de la règlementation. Un autre aspect de mon travail consistait à intervenir  dans la pépinière d’entreprises de la ville, créée en 2000.

 

En quoi la création de la pépinière était stratégique ?

 

La ville, dans la proche banlieue de Paris, faisait face à une crise immobilière, et les entreprises la quittaient pour aller en banlieue plus éloignée. C’était l’hémorragie. Avec la pépinière, le maire voulait accueillir de nouvelles boîtes et accompagner les chefs d’entreprise.

 

Outre le soutien des entrepreneurs, de quels autres avantages pouvaient-ils bénéficier ?

 

D’abord un loyer public pour les entreprises, donc beaucoup moins cher que dans le privé. Une logistique la même pour tout le monde (salles communes de réunion louées, appuis en terme de conseils...). Comme mes collègues et moi n’avions pas la formation pour les aider directement, nous avons fait appel à des partenaires comme la CCI, Boutique de gestion, point chances Egées (Association de retraités, anciens entrepreneurs, qui offrent leurs conseils), le Crédit Mutuel, des fiscalistes, Chambre des Métiers...). Et moi, tout cela me passionnait !

Pourtant, tu quittes ton boulot ?

 

J’ai arrêté de travailler pour la mairie en février 2002. J’ai donc cherché à faire la même chose, donner des conseils à la création d’entreprise dans le privé. En novembre, j’ai été embauchée par SOLIE (TPE), un petit cabinet de conseils pour les grosses boîtes d’outplacement à Lyon. J’accueillais vraiment des porteurs de projets, en entretiens privés et je leur donnais des conseils en méthodologie et validation de projet. Chaque cabinet a sa méthode, c’est la plus-value de l’entreprise. C’était des cadres lourdés qui voulaient créer leur entreprise. Après, j’ai bossé pour une grosse boîte américaine LEE HECHT HARRISON où l’ambiance était à l’américaine, avec des open-spaces, du haut de gamme très carriériste avec cette notion de rentabilité. J’étais consultante sans encadrement mais le travail en lui-même me plaisait.

 

T’as déjà pensé à créer ton entreprise je suppose...

 

J’y pense toujours, « tous les matins en me rasant »... Mais je suis une piètre commerciale, et c’est encore bien pire quand il s’agit de vendre mes propres productions. Or l’absence de talent commercial, c’est un gros défaut pour un entrepreneur ! Par ailleurs, moi et la gestion du temps, ça fait deux.
Je laisse infuser, comme on dit dans le métier !

 

Trois conseils que tu donnerais à ceux qui veulent devenir leur propre patron ?

 

Se faire accompagner, se faire accompagner, et se faire accompagner ! Il y a des dizaines de dispositifs et des milliers de professionnels qui sont de très bons conseillers et toujours ravis d’éclairer les créateurs, mais attention : ils ne feront pas le projet à leur place. 
Les incontournables: le site de l’APCE, les chambres de commerce et chambres de métiers, les permanences tenues par les experts au sein des organismes consulaires, les boutiques de gestion/les services économiques des villes sans oublier le guide de la création d’entreprise calqué sur le guide du routard.

 

Pourquoi les gens échouent à ton avis ? Quelles sont les choses à ne pas faire ?

 

Les gens qui partent seuls, sans aucun avis ou appui extérieur, les gens qui brûlent les étapes. Ceux qui par exemple s’immatriculent avant même d’avoir une idée, les gens qui ne font pas d’étude de marché pour valider l’idée, les gens qui n’ont aucun apport personnel et qui comptent sur les subventions ou aides, ceux qui voient trop grand.et pêchent par excès d’optimiste. Une création d’entreprise se fait doucement.

 

Tu fais quoi à l’heure actuelle ?

 

Je suis conseillère insertion et emploi à l’ANPE, référente création d’entreprise avec deux autres collègues. C’est un métier passionnant, on n’a juste pas le temps de l’exercer. Et la fiche de paie, elle frôle l’anorexie ! 

 


Lexique



Sup' de Co Grande école de commerce


OPHLM L'Office Public de l'Habitat à Loyer Ménagé est un bailleur social


CCI La Chambre de Commerce et d'Industrie est un passage obligé pour les créateurs d'entreprises


Boutique de Gestion Réseau national de conseil en gestion


Egées Association de consultants bénévoles


Crédit Mutuel
Banque


Chambre des Métiers Assemblée régionale rassemblant toutes les informations nécessaires sur une branche


TPE Très Petite Entreprises, souvent classées avec les PME (Petites et Moyennes Entreprises) par opposition aux grandes entreprises et aux grands groupes.


APCE L' Agence pour la Création d'Entreprise est un organisme d'aide à l'entreprenariat

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