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Travail ne veut pas dire logement

17/10/2008

Par Ndembo Boueya et Mathy Mendy
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C’est le dégoût: ils travaillent mais ne gagnent pas assez aux yeux des propriétaires d’appartements. Des familles campent devant la mairie de Saint-Denis. Vidéo en +

«Nous sommes ici depuis le 12 septembre. Le 26 août, nous avons été expulsés de nos logements à la rue Echalas (à côté de la gare de Saint-Denis) et ensuite relogés dans des hôtels. La mairie nous a promis de nous trouver des logements mais rien n'a été fait, nous avons été jetés à la rue et la mairie nous néglige», explique, ce jeudi soir, Moussa, 34 ans. Des femmes assises sur des chaises attendent que le temps passe et tentent d'oublier le froid. Une trentaine de personnes expulsées de leurs logements campent devant la mairie de Saint-Denis, femmes, hommes, enfants. L’un d’eux n'a qu'un mois. «Il est né le 29 août, juste après l'expulsion», précise Moussa.


Les expulsions ont commencé il y a six mois environ au quartier Franc-Moisin. « Ça passe inaperçu, on a l'impression qu'on ne les considère pas comme des êtres humains mais comme des animaux. » Ce sont les mots de Lila, « porte-parole des familles et aussi expulsable », dit-elle si bien. Les expulsions des logements continuent. Hier encore, Aïcha s'est fait jeter de son hôtel avec ses deux enfants de 6 ans et 6 mois. Les propriétaires ont jusqu’au 31 octobre, « date limite » avant les mois d’hiver, pour expulser ceux dont ils veulent se débarrasser.

« Est-ce que je peux vous parler ? » demande Aïcha. « J'ai fait une demande de logement en 2004 et depuis, je n'ai toujours pas de réponse. Je vivais donc à l'hôtel que je payais 750 euros par mois. » La femme nous montre les documents officiels et poursuit: « Je partageais ce 9m2 avec mes enfants et du jour au lendemain on a été mis dehors. » Aïcha est atteinte d'une maladie orpheline. « J'ai besoin d'un appareil pour dormir, autrement je ne respire pas très bien. » Lila complète : « Quand elle a été expulsée, le propriétaire de l'hôtel a confisqué toutes ses affaires, dont son appareil respiratoire. Du coup, cette nuit elle a dormi dehors et sans son appareil. Et puis tout ce qu'il a trouvé à dire, c'est "Si je fais ça c'est pour que tu t'en sortes". Ajoutez à cela que la mère expulsée avait déjà payé son loyer pour le mois entier. »

Alors que nous discutons, des CRS rôdent. « Vous pensez qu'ils sont venus pour vous ? demandons-nous. – Non, je ne pense pas. Ils seraient plus nombreux sinon. La dernière fois, il y avait 20 camions de police alors que l'on faisait juste une petite manifestation. » Des femmes des différents campements de la ville et des membres du Réseau solidarité logement sont présents. Bizarre, tout ce monde. Jean Marc Bourquin, l’un des responsables du Réseau solidarité logement nous explique que le conseil municipal se tient ce soir et qu'ils comptent « bien se faire entendre. On n'attend pas d'une ville de gauche qu'elle réagisse comme ça, on n'attend vraiment pas ça de Saint-Denis, il faut qu'on trouve une solution sinon, on est dans une ville de droite. Les expulsions, non, tout ce qu'on veut mais pas ça ! ».

Nous arrivons à l'Hôtel de Ville. C'est Bally Bagayoko, adjoint à la Jeunesse, est le premier à descendre. Il explique se sentir proche de toutes ces personnes qui sont pour lui des « mères et des pères, des frères et des sœurs, des cousins et des cousines. C'est difficile pour moi en tant que citoyen. » Ces phrases-là ne suffisent pas à calmer les esprits, une femme particulièrement en colère le fait savoir haut et fort : « Nous sommes des travailleurs pauvres. Lorsque l'on se dirige vers des bailleurs privés, on nous ferme la porte, c'est la même chose du côté des bailleurs sociaux. Tout ce qui nous reste c'est le désespoir. Le président Sarkozy a lui-même dit que le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt. Certains d'entre nous se lèvent à 4 heures du matin pour aller faire des ménages pendant 3 heures et ensuite aller recommencer le soir, on n’a parfois même pas le temps de voir nos enfants et pourtant... Nous sommes des victimes sur qui on essaie de rejeter la faute. »

Plus tard, cette femme affirme nous avoue qu'avant d’être dans cette situation, elle faisait partie de ceux qui ne comprenaient pas les squatteurs. Aujourd'hui, son avis est différent : « Je ne pensais pas qu'un jour ça m'arriverait. C'est pour ça que même si je m'en sors, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider ceux qui seront dans la situation que j'ai vécue. Je ne souhaite ça à personne, même pas à mon pire ennemi. »

Devant l’Hôtel de Ville, les familles attendent toujours que les élus viennent à leur rencontre. A 17h30 environ, une femme en colère fait irruption dans la mairie. Les nerfs sont à vif et les noms d'oiseaux fusent. Elle explique qu'elle a été choquée par ce qu'elle a vu ce matin. « J'ai vu cette femme laver son enfant tout nu et devant tout le monde alors qu'il faisait 5 degrés et qu'il criait comme un chien, c'est scandaleux et ça me fait mal. » S'adressant aux expulsés, elle dit : « Ne les écoutez pas (en parlant des membres de Réseau solidarité logement qui les aident) ! Y'en a ras le bol de la Ligue. Ils vous utilisent à des fins politiques. Moi, je vais vous aider. »

L'entrée fracassante de cette femme a fait trembler la terre. C'est la folie, tout le monde crie sur tout le monde, certains l'insultent, mais elle ne recule devant rien. Nous voulons en savoir plus sur cette elle. « Je suis Lila Alal, Dyonisienne depuis 46 ans et je suis outrée par cette gauche, la pire de toutes les gauches qui utilisent ces gens à fins politiques. » La tension est un peu retombée. Si les élus ne les reçoivent pas, les familles d’expulsés camperont dans la mairie. « Ça me touche, tout ça, on essaie d'expliquer les choses tranquillement mais leur problème c'est qu'ils ne veulent pas écouter. Je comprends leur colère, on essaie de leur donner des pistes mais ils n'entendent rien. A Saint-Denis, il n'y a plus de place », nous confie un médiateur de la ville.

Monique Lejeune, responsable du logement fait enfin son apparition. Elle et son collègue expliquent qu'ils ne peuvent pas reloger tout le monde à cause du manque de logements sociaux, et c’est là qu’on entend : « Mais comment se fait-il qu'il y ait près de 200 logements vides au Franc-Moisin et qu'on ne puisse pas y vivre ? » Une fois de plus, la colère monte, l'adjointe au maire prend des notes et des noms. Signe, peut-être, d’une prochaine amélioration de la situation.

Le combat des expulsés est loin d'être terminé. La mairie a déposé plainte contre les personnes qui ont installé leur « campement » sur le parvis de cette dernière. L'affaire sera jugée le 2 octobre à Cergy Pontoise, à 14h30.

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